ispahan1

  • Posted on:  mercredi, 24 décembre 2014 00:00
  • Written by 

 La province d’Ispahan est la troisième province d’Iran en termes d’accueil de touristes. Le fait que la place Naghsh-e Jahan soit inscrite au patrimoine mondial de l’humanité et plus généralement l’offre touristique de la ville (bâtiments historiques, artisanat, etc) attire de nombreux touristes iraniens et des touristes étrangers.

L’offre touristique d’Ispahan se développe rapidement (quarante projets en cours en 2002) et vise à attirer des touristes du monde entier. Le nombre de visiteurs en 2002 a dépassé 200 000 touristes ce qui représente une augmentation de 300 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation serait due à l’augmentation de l’infrastructure touristique de la ville et aux prix intéressants par rapport à d’autres pays67.

 La municipalité d’Ispahan a mis en place un certain nombre de mesures pour développer le tourisme dans la ville : coopération internationale, amélioration de l’offre d’hébergement, amélioration des transports, plan de communication68.

Monuments notables

La Mosquée du vendredi est aussi appelée « grande mosquée » ou « vieille mosquée » par opposition à la mosquée du Chah. Elle a été édifiée à partir du Xe siècle. Souvent remaniée au cours du temps, et en particulier sous les Safavides, elle est reliée à la nouvelle ville via le Grand Bazar.

La grande mosquée est l’une des architectures les plus complexes des arts de l’Islam. Des fouilles archéologiques ont montré que dès la période Bouyide, il existait une mosquée de plan hypostyle à l’emplacement actuel de l’édifice72. Actuellement, la mosquée suit le plan iranien à quatre iwan avec une salle de prière sous coupole qui devait, à l’origine, être séparée de l’ensemble architectural73. Bordée d’arcades sur deux niveaux, elle est entourée de multiples petites salles sous coupolettes.

Place de l’Imām


La place de l’Imām (appelée « place Naghsh-e Jahan » ou « place du Chah » avant la révolution, « place de l’Imām Khomeini ») est une des plus grandes places du monde avec une longueur de 500 mètres et une largeur de 160 mètres. Elle date de 1612 et a été conçue par Chah Abbas Ier. Elle servait à l’origine de terrain de polo et de terrain de présentation des troupes militaires, évènements auxquels le Chah et la cour pouvaient assister depuis la terrasse du palais Ali Qapu. Dans des galeries entourant cette place, sont installées des échoppes de commerçants et d’artisans.

Elle est maintenant aménagée en place publique avec pelouses, bassins et allées. Autour de la place, aux quatre points cardinaux se situent quatre bâtiments :

  • la mosquée de l’imâm, appelée aussi mosquée du Chah.
  • la Mosquée du Cheikh Lotfollah.
  • le palais d'Ali Qapu.
  • le bazar.

 

Un souterrain existait entre le palais de Ali Qapu et la « Mosquée du Cheikh Lotfollah », permettant aux femmes d’aller à la mosquée sans être vues, d’où le nom de « Mosquée des femmes » qu’on lui donne parfois.

Les palais safavides

Le palais de Chehel Sotoun

 

 

Le palais de Chehel Sotoun est un palais royal Safavide au nord-ouest du complexe de Ali Qapu. Mesurant 57,80 par 37 mètres, ce monument majeur du règne de Chah Abbas II était utilisé pour les cérémonies de couronnement et pour la réception des ambassadeurs étrangers. Le palais est situé au milieu d’un jardin, qui faisait à l’origine sept hectares, situé entre la meydān-e chāh (place Naghsh-e Jahan) et le chāhār bāgh. À l’est s’étend un long bassin (115 par 16 mètres environ), dans lequel il se reflète.

Ce bâtiment, dont la datation reste très discutée, a sans doute été élevé sous le règne de Shah Abbas II, puis redécoré dans les années 1870. Selon un poème inscrit sur l’édifice et un autre de Muhammad Ali Sahib Tabrizi, il aurait été créé en 1647–1648 et si certains chercheurs pensent que cet édifice a été construit en plusieurs étapes, la plupart inclinent à penser qu’il fut construit en un seul jet, car il est assez cohérent74. Il s’agit d’un édifice rectangulaire, comportant vingt colonnes qui se reflètent dans le bassin faisant face au bâtiment (chehel soutoun signifie « quarante colonnes » en persan).

Dans ce palais, Chah Abbas II et ses successeurs recevaient les dignitaires et les ambassadeurs, sur la terrasse ou dans un des halls de réception.

Le chehel Soutoun est décoré de grandes peintures historiques, exaltant la magnanimité ou le courage guerrier des différents grands souverains de la dynastie.

Le palais de Hasht Behesht

Le Hasht Behesht (les « huit paradis ») est constitué d’un pavillon comportant huit petites entités disposées autour d’une grande salle sous coupole à quatre iwans. De petites voûtes couronnent les salles secondaires, décorées de miroirs qui rendent les surfaces mouvantes. Le décor extérieur en céramique est remarquable par l’emploi extensif du jaune. On situe cet édifice dans les années 1671.

Les ponts

Le plus ancien pont, le Pol-e Chahrestan, date de l’époque seldjoukide sur les fondations d’un pont d’époque sassanide. Les autres datent de l’époque séfévide.

 



 

Le pont Allahverdi Khan (Pol-e Allahverdikhan), aussi appelé pont « aux trente-trois arches » (Si-o-se Pol en persan) a été érigé par ordre du premier ministre géorgien de Chah Abbas, Allahverdi Khan, vers 160875. Il se place dans la continuité du Chāhār Bāgh76. Avec ses arcades, dans les côtés et dans la base, il offre ainsi une possibilité de promenade à plusieurs niveaux, selon la hauteur de l’eau. Il sert évidemment de lieu de passage, mais aussi de barrage pour réguler le cours de la rivière. En le traversant, l’eau produit un effet de grandes fontaines grâce aux emmarchements. À côté se trouve un talār, le kiosque des miroirs, d’où le souverain pouvait observer la rivière.

 

 

Le pont Khaju est le deuxième grand pont d’Ispahan, édifié cinquante ans après le Pont Allahverdi Khan. Il présente une structure identique et légèrement complexifiée avec des brise-flots en éventail permettant des effets d’eau plus spectaculaires. Il est doté de vingt-trois arches, pour une longueur de 105 mètres et une largeur de 14 mètres.

Le pont Joui, pont de l'époque séfévide, érigé en 1665, situé proche du pont Khaju.

Menār Jombān 

 

 

Menār Jombān, ou le « minaret mouvant », est une curiosité architecturale d’Ispahan.

Un iwan surmonté de deux minarets a été érigé au-dessus de la tombe d'Amu Abdollah Soqla (ou Amu Abdollah Karladani), un ermite enterré là au début du XIVe siècle. L’iwan mesure dix mètres de haut sur dix mètres de large ; les minarets le dépassent de sept mètres pour quatre mètres de circonférence. Les minarets datent a priori de l’époque safavide77. Ces minarets ont une particularité architecturale qui explique le nom de l’édifice : quand on s’appuie sur la paroi d'un des minarets pour le faire remuer, le second se met à bouger simultanément comme cela peut être constaté à vue d’œil. Ce phénomène existe également au Pakistan (visible sur le monument nommé Jhulta Minara à Ahmedabad)78. Des spécialistes pensent que cette particularité est due à certaines propriétés des dimensions du bâtiment ainsi qu’aux poutres de bois de la base des minarets79. Cependant, l’abondance des touristes qui veulent vérifier le phénomène met en danger l’édifice80. Depuis quelques années, la mise en branle des minarets est exclusivement effectuée par le personnel d’accueil, et n’a lieu que toutes les demi-heures au maximum.

Les arts et l’artisanat à Ispahan

 

 

La ville d’Ispahan est un centre majeur d’artisanat traditionnel iranien depuis la période safavide. Les objets produits sont divers : textiles (surtout les textiles imprimés), tapis, céramique et faïence, travail du bois, du métal et gravures.

Les artisans travaillent dans des conditions diverses, soit dans des ateliers du bazar ou de l’extérieur de la ville, ou aussi dans leurs propres maisons.

Avec l’installation de la capitale à Ispahan à la fin du XVIe siècle, le kitab khana royal déménage. Se développe alors une importante activité de peinture et de calligraphie, dominée par la figure de Reza ’Abbassi (v. 1565 - v. 1635), l’un des rares artistes protégés par Chah ’Abbas. Cette école marque une rupture complète avec les œuvres produites antérieurement : à la place de grands manuscrits illustrés sont réalisées des pages d’albums (moraqqa'), destinées à être collectionnées. De nouvelles techniques sont employées, notamment le dessin à la plume et les lavis légers. Le style est tout d’abord largement marqué par l’influence de Reza ’Abbassi : la peinture typique représente un personnage en pied, anonyme, à la silhouette élégante et longiligne. Mais dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les artistes d’Ispahan subissent de nombreuses influences européennes et mogholes. Leur peinture évolue vers une forte européanisation, avec notamment l’arrivée de la perspective et un traitement renouvelé des volumes82,83.

L’école de peinture d’Ispahan à l’époque qadjare est parfois considérée comme la meilleure d’Iran et la ville est un grand centre de production de qalamdān (boîtes laquées en papier mâché, généralement destinées à contenir des calames)84.

Read 69716 times Last modified on mercredi, 24 décembre 2014 21:00

Latest from Marilou Kier